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Pachamerica

Cinq mois de liberté, de vagabondage hors des sentiers battus, une césure pour parcourir le Pérou et la Bolivie à la rencontre des peuples, leur culture et leur quotidien

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La Paz... et la Bolivie !

Par Pachamerica :: 29/12/2008 à 21:06 :: d_Bolivia

 

    La Paz après trois semaines dans la Selva, c'est froid ! Mais en descendant de l'avion (oups...), c'est bon à respirer, et c'est à plein poumon que je m'ennivre de cette fraicheur... Depuis l'alti-plano à 4000m, je descends en combi jusqu'au centre ville à 3600m, où il pleut par intermittence, ca grouille de gens et la circulation est quelques peu... chargée ! Je déambule dans les rues afin de trouver un hotel, avec mon sac les montées et les descentes me paraissent interminables, et avec ma grande rame je ne peux pas passer partout, je me baisse au passage de chaque abri plastique des commerçants de la rue, j'en fais rire quelqu'uns... puis décide de m'arrêter dans un cybercafé pour essayer de trouver des adresses sur le net. Un touriste me donne un plan de la ville et m'indique la zone où il y a pas mal d'hotels. Je m'y dirige, rencontre un argentin qui m'indique la rue, et finirai pas atterrir au Jimenez, 25 bolos la nuit avec cuisine et cour interieur...

 

 

 

 

Premières rencontres...

 

    Je passerai mon après-midi à marcher et me perdre dans cette capitale. Tout est montée, tout est descente, La Paz est construite au milieu des montagnes, et vue d'en haut, les constructions ressemblent à un verre de lait s'écrasant sur les parois d'un saladier, épousant chaque relief avec douceur. Je me remplis la panse de petites nouveautés, beignets, nougat, cacahuètes enrobées de chocolat, pur jus d'orange... Puis rentre à l'hotel pensant à une grosse nuit. Mais il ne suffit que de quelques minutes pour entendre :

 

    << - Es la hora de... tomar ! (C'est l'heure de... "boire" !) avec un accent pas trop d'ici.
        - Hola loco, de dónde eres ? (Salut mec, tu viens d'où ?)
        - De Francia
        - Et beh bienvenue !

        - Ah cool toi aussi ! Putain je voulais dire c'est l'heure de l'apéro mais j'ai pas réussi...
    >>


    Cachaza, Sprite et citron vert, c'est l'heure de la Caïperiña. Découvertes de nous-mêmes, ils sont bien cool ces deux français, on est sur la même longueur d'ondes... Simon joue de la guitare, on parle de moyens de voyager, de manières d'appréhender ces nouvelles Terres. Les petits boulots artistiques et culturels les intéressent bien, Simon rêverait d'aller gagner quelques Bolos dans les restaurants, mais se retient, il ne veut pas piquer le boulot d'un bolivien ! C'est bien une réaction d'occidental que nous avons, j'ai eu la même préocupation au début à Arequipa avec la jonglage et l'artisanat. Seulement, en approchant ce milieu, on se rend vite compte, qu'ici "compétition" et "concurence" sont des mots qui n'existent pas, mais que au contraire le credo serait plutôt "plus on est de fous plus on rit" ! Ces gens forment une véritable communauté qui t'acceuille toujours les bras ouverts, que tu sois bronzé ou blanc, black ou jaune. A chaque ville où je passe, je rencontre ces artisans et c'est à chaque fois la même musique, << Arrête toi un instant, je te présente un ami ! >>. Bref il n'y a pas de réticence à avoir, ni de mauvaise conscience à s'imaginer, ici le groupe t'apporte attention et partage. Ca les rassure d'entendre ça, j'espère qu'ils feront rapidement le premier pas...

 

    Au cours de la soirée, arrivent trois acrobats jongleurs, colombiens et péruviens, puis un brésilien, un suisse et un argentin. Oukoulele, harmonica, poubelle, pour une soirée de rencontres, inter coupée d'histoires et de jonglage. Petit temps d'acceptation tout de même nécessaire suite à ma déclaration d'étudier l'ingénierie urbaine. C'est vrai que dans le milieu de la rue aux tendances anarchistes, se présenter ainsi résonne comme dictateur de l'ordre, de l'organisation de la rue et de l'expulsion. Ce qui n'est pas si faux, se sont bien des lois urbaines qui les jettent chaque fois plus loin du centre-ville, et la répression policière bien dictée par des politiques urbaines d'aseptisation. Mais cette fois ce fût plus fort que d'habitude, je me suis fait véritablement lincher pendant quelques minutes, heureusement j'ai réussi à attirer l'attention du péruvien à côté de moi, qui me laisse la parole sur ce que je fais ici et ce que je cherche à faire de ma vie, ce dialogue s'insérera petit à petit au milieu du groupe et taira ces réactions impulsives... L'orage est passé, la soirée se termine super bien, le groupe est intéressant, on ne s'arerête pas à une petite erreur de parcours.

 

 

Le marché dans les rues de la Paz

 

    Ce matin après 4 petites heures de sommeil, mon réveil sonne et je pars errer dans les rues de la Paz. Il est 6h, le marché s'organise. Je me laisse alors guider par les rues investies par les commerçants. C'est un marché de fruits et légumes qui prend forme sous mes yeux, une "mamita" fait des petites montagnes de tomates sur un lit d'herbe verte, un porteur descend la rue en courant avec un sac qui doit approcher la centaine de kilos, d'autres partagent quelques rires... Je m'arrêterai à la carriole d'une mamie qui vend des petits déjeuners : un thé et deux petits pains. J'observe la vendeuse de poivrons à côté de moi, elle prépare son étale. Elle sort ses légumes d'un grand sac, fait d'herbe fraiche maintenue par un maillage de corde, puis des petites caisses en bois remplies de tomates lui sont livrées. Une fois de plus les tomates sont emballées dans cette herbe de pâture, celle-ci sera utilisée pour embellir son étale et soigner sa présentation.

 

    Je continue mon chemin toujours dans le sens de la montée, tranquillement, les yeux ouverts sur ce qui se passe. La ville étant constamment en pente, la logistique des marchandises s'est adaptée. Au point le plus haut, les camions font la livraison à des vendeurs installés près de l'accés, les légumes arrivent en sac ou en caisse, ou bien en vrac. Un camion avec la benne ouverte est rempli de carottes en vrac, deux gars remplissent des sacs de 80kg aux vendeurs venant jusqu'à eux. Ceux-ci, placés en haut de la rue, possèdent des quantités bien plus grandes sur leurs étalages, ils jouent en quelques sortes le rôle de "grossiste", et ils venderont leurs marchandises à des commerçants situés plus bas. L'acheminement du camion au "grossiste" ou bien de ce dernier à l'ultime vendeur, est réalisé par le porteur, véritable bêtes de trait (excusez moi, mais c'est loin d'être un travail humain à mes yeux) qui chargent des sacs de 80 à 100 kilos de patates, carottes et autres... Ces hommes avancent en trottinant à petits pas, courbés, enlacés de corde, parfois jusqu'entre ses dents, et va livrer la marchandise en se frayant un chemin parmi les étalages, les passants à l'arrêt et autres cargaisons déposées au milieu du chemin.
   
    Je poursuis ma route en dehors du marché, me laissant porter par l'ambiance matinale. Je me perds, et à bout de souffle au coin d'une rue j'apercois une place, je "cours" m'y reposer. Un jeune couple se taquine, pendant que le cireur de chaussures enchaine les pairs de cuir, cagoulé comme la quasi-totalité d'entre eux. J'ai parlé avec l'un d'eux hier, il était au lycée, suivait les cours du soir et la journée cirait les bottes. Cagoulé ? Pour ne pas que ses amis le voient faire ça, nombreux sont les jeunes de 16 à 25 ans à faire ce petit boulot, mais pour l'assumer c'est loin d'être évident, alors ils se masquent...

 

    Je descendrai ensuite des rues qui me sont inconnues, perdu pour perdu je m'engage dans chaque petite ruelle que je croise, n'y trouve pas un trésor, mais une quiétude et un film "la sortie matinale des habitants", le papi qui galère à sortir sa cariolle ambulante de jus de fruits ou la collégiènne les cheveux trempés qui sort en courant... Enfin j'attérris sur une rue plus grande, remplie de combis, bruyante, presque irréspirable, le charme n'est plus, la lutte de mon corps sur la pollution urbaine prend le dessus. Je finirai par écouter de la musique afin de m'isoler un peu, et retrouverai le boulevard principal pour rentrer à l'auberge...
 
 
Autre groupe, nouvelles rencontres
 

    Après 2-3 jours de calme au Jimenez, arrivent de nouveaux voyageurs. Ils sont là pour visiter la Paz, alors on ira à la Valle de la Luna, où les formations géologiques sont magnifiques, le retour se fera dans la caisse d'une camionette, la tête dans le vent, en remontant une gorge jusqu'au centre de la Paz. Le gars du Venezuela est un ancien cireur de chaussures, dès 8 ans il arpentait les rues et partait "jouer" avec ses potes à gagner le plus de pièces possible... J'ai eu le droit à un autre point de vue du travail de cireur, ce gars fait bien la différence entre des gamins qui vont dans la rue de leur propre initiative même si c'est pour aider la famille (ils sont nombreux selon lui), et ceux qui sont envoyés par leur parents... Les premiers prennent cela pour un jeu, ils se retrouvent entre gamins et commencent à découvrir le monde de la rue et ses possibilités. Aujourd'hui il a 27 ans, il est artisan, il est sérieux dans ses affaires et se prend des vacances sur la route, comme la Paz, où il ne vendra rien mais profitera du bon groupe formé à l'hotel pour visiter et passer des bons moments. Deux jongleurs limeños agrandiront le groupe, ils sont issus d'une école de cirque et voyagent de temps en temps en vivant de leurs présentations ! Bref les rencontres sont super riches et tout le monde se félicite du bon groupe, dynamique et divertissant.
 


    Dernière soirée ensemble dans un bar reggae, percu bresiliennes et mix reggae-dub, ça faisait longtemps, ça me plait bien ! Au cours de la soirée je rencontrerai une française qui vient de s'installer à la Paz, je lui raconte ma "life", elle m'embauche pour fabriquer une "plateforme de travail / lit". On passera la nuit et une partie de la matinée à papoter, puis on ira acheter du bois dans une scierie ainsi que quelques outils. Apres deux grandes nuits, et plusieurs bouteilles de vin, la plateforme est terminée. C'était plutot marrant car avec Eve, un mauvais coup de scie devient un chef-d'oeuvre, les coupes droites c'est chiant, et tout ce qui pourrait être râté devient valorisé. Pas de mètre pour mesurer, pas d'heure, pas de calendrier... bref pas de chiffres dans la tête de cette petite artiste ! Habitant dans les hauteurs de la Paz, chaque matin c'est l'ascencion pour je ne sais quel motif foirreux, mais bon, au moins on élimine le vin, on voit du paysage et la Paz au milieu des montagnes... Et ben dire que j'aurai pu repartir de cette ville sans avoir vu ce tableau !
 

 

    Un soir en rentrant à mon hotel pour se cuisiner un truc, j'aperçois deux petites têtes pas inconnues assises dans le patio du Jimenez, Julien et Simon ! Ce sont les deux français du début. Après 10 jours à la limite de la jungle, ces deux aventuriers sont de retour, une bouteille de vin à la main. Ils sont un peu abrutis de bonheur, ils ont passé une semaine exrtaordinaire au milieu de rien à la "casa reggae" rencontrée par hasard. Un artisan sédentarisé fait petite auberge, tranquillité, musique reggae, bétail et artisanat ! Il commence à enseigner son savoir à Julien, qui n'attendait que cela ! Plusieurs jours passeront en leur compagnie, il faut dire que les soirées s'enchainent au Jimenez, un nouveau musicien chaque soir : l'americain et son Bob Dylan, le chilien et ses chansonnettes de la Selva Brésilienne, un autre chilien et ses balades, Julien et ses improvisations reggae et j'en oublie plein ! Simon reste à la guitare et n'a pas besoin de chants, un Django Reihnart suffit ! Nous passerons Noel ensemble, et je partirai vite le lendemain pour Uyuni.
 
 
Mais où sont passées les deux gringas ? 
 
    Noel dans le Salar d'Uyuni, c'etait sensé être les retrouvailles avec Cecile et Mathilde (les 2 co-voyageuses de l'Inde). Mais un matin, je me réveille vers 15h et entends :


    << - On fait quoi pour le repas de Noel ce soir ?
        - Euh tu... on est le combien ?
        - Le 24 decembre... >>


    Et merde la vie sans chiffre c'est pas facile ! Je vais voir mes mails, un message de Cécile me racontant que le tour à Uyuni part dans une heure, c'était il y a 7h... oups je n'y serai point ! Ca sera noel à la Paz, apres une soirée percu-electro, dernière tchatche avec Julien et me voilà parti à l'aube pour Oruro, je repartirai le soir même pour Uyuni et arriverai un matin 26 décembre à destination, jour de retour des filles du Tour dans le Salar. Les touristes rentrent vers 18h normalement, moi je fais le tour des hotels pour savoir si elles sont rentrées, pas concluant. Je me lance vers les agences de voyage pour savoir où elles sont, et j'ai de la chance comme c'est pas permis. Il existe peut-être 20 agences différentes et la première porte ouverte m'annonce qu'elles sont passées par là et sont rentrées il y une heure. Je fais le tour de la station de bus, de train, puis vais sur internet et ouvre un nouveau mail de Cécile d'il y a 9 minutes, putain elles sont là mais où ??? Je ratisse les rues principales du village, croisent d'autres français qui me décrivent deux françaises, ça ressemble bien à elles ! Puis je me retourne et aperçois les deux filles ! Ahhh quel plaisir, j'ai réussi ! Bon en fait j'arrive un peu après la bataille car leur bus part pour l'Argentine dans 20 minutes ! On papote puis je passe à mon hotel, reprends mes affaires et part avec elles ! Pas vu le Salar, mais sans agence à touristes j'aurai pas pu faire grand chose, la Bolivie ben jai vu la Paz, on verra la reste une prochane fois ! là je suis parti pour l'Argentine !

 

    Les retrouvailles auront durer 1 jour et une nuit... en bus ! Je descends à mi-chemin de Salta dans un petit village trop mignon selon Cecile... Et bien Merci ma fille ! Il est trop bien ce village, en arrivant au camping, je rencontre deux argentins, on va acheter du vin et on s'installe devant les courses de chevaux, c'est la fête locale ! La première avant une série qui dure tout le mois de janvier. Aujourd'hui c'est course de chevaux (genre 100m), rodéo à cheval et musique folklorique. Il fait beau, il y a du vent, les montagnes rocheuses toutes proches... Chouette premier après-midi argentin !

 

 

 

____

 

    Mon appareil photo ne s'est pas remis de son petit plongeon dans le fleuve, ces clichés ne sont donc pas les miens... Merci à Gemma, Venezuela et Eve pour ceux-ci...

 

 

 

 

 

 

Voyage en radeau sur le fleuve Madre de Dios... passage de la frontière Bolivienne

Par Pachamerica :: 06/12/2008 à 1:12 :: c_Peru_Selva
 
 
Genèse d'un projet personnel
 

     Un soir d'insomnie, comme il m'arrive quelques fois depuis le début de mon voyage, mon cerveau s'emballe. Ces insomnies sont loin d'être des inquiétudes, ou des soucis, elles reflètent plutôt l'excitation des expériences vécues, la prise de conscience du bonheur que j'ai au fond de moi. Cette fois c'est l'aventure qui m'excite, mon cerveau devient complètement fou face à l'idée qui m'envahit depuis quelques jours. C'était une blague au début : "Pour ton départ on te fera un radeau, tu te casseras en Bolivie et t'arrêteras de nous faire chier !" c'est l'humour un peu brute du charpentier qui cache au fond un grand cœur tendre, mais ça c'est une autre histoire. N'empêche que l'idée reste dans un coin de ma tête. Et au cours d'un voyage où il n'y a pas une difficulté, où tout se passe comme dans le meilleur des mondes, une descente en radeau ne m'inquiète pas plus que ça et je trouve même l'idée carrément kiffante. Cette nuit il doit être deux heures du matin, depuis que je suis couché les idées fusent, un rêve éveillé se dessine petit à petit, je m'imagine déjà. Je finis par prendre mon carnet et noter : "Bajada a Bolivia en balsa". Suivent les motivations, puis un croquis de mon radeau, je réussis enfin à dormir. Chaque jour qui suivent je regarde le fleuve, chaque jour je contemple la nature, seul. L'idée du radeau ne quitte plus mon esprit. Il y a un truc qui se passe, le ressenti d'une force m'encourageant à aller plus loin avec la nature, et si je me laissais porter par elle ? Je commence à en parler autour de moi, je crois que je me rappelle de chaque réaction. 


    <<     - La saison des pluies arrive, si il y a une crue, ca peut devenir moins drôle. Calincho
            - Mais oui tu peux le faire, c'est génial comme idée. Faudrait juste que tu y ailles avec  quelqu'un qui connait la Selva. Johan
            - Moi je l'ai deja fait avec un pote, dans une rivière plus agitée, ce fleuve il est tout tranquille. Il n'y a pas vraiment de danger. Berli

            - Parait qu'tu vas descendre le fleuve ? Je trouve ça génial ce que tu vas faire, j'ai toujours voulu le faire avec mon fils, oui, non, oui, puis finalement non ! Mais je te comprends et te soutiens pleinement. Puis il me regarde fixement dans les yeux : Par contre prend soin de toi, ok ? - oui - La saison n'est pas top. El abuelo
            - Moi je l'ai fait pendant une semaine tout seul, mais un peu plus haut sur le fleuve, oui ça se fait ! Yoni
            - Allons-y ! Je pars avec toi, je connais le fleuve presque jusqu'à la frontière. Il faut une machette et.... Berli
    >>

 

    Mais je ne veux pas partir avec quelqu'un, le voyage perdrait tout son sens. C'est seul que je dois le faire, c'est seul que je pourrai assimiler au mieux cette expérience... Et puis je le sens, je suis confiant, je ne sais pas d'où vient cette confiance mais elle est là, bien présente, et me guide. Il n'y a pas de précipitation, je laisse venir les choses, le bon moment pour partir... Je prends note des recommandations, et même si je doute quelque peu aux prémisses du projet, l'inquiétude s'estompe. De toute manière je l'ai déjà trop rêvée pour faire marche arrière, je partirai en Bolivie en radeau !

 

 

Construction du radeau

    Un matin je montre mon croquis à Carlos, qui s'esclaffe en le montrant à Calincho ! << Tu veux vraiment le faire ? Ok et bien regarde cette topa, elle t'attend >>. Il me montre un arbre de topa (super léger et donc flottant), et me dit qu'on le coupera cet après-midi. Puis rien aujourd'hui, le lendemain je le relance, il me dit en fin de journée. Toujours rien, mais ce n'est pas pour autant que je presse le cours des choses, le jour viendra et ce fut le jour suivant qu'il me dit : "il y a un radeau qui ne sert plus depuis un an, on va aller récupérer le bois là-bas ce midi". Cette fois c'est bon, on part avec un peque-peque sans moteur et on remonte le courant quelques centaines de mètres. On récupère 5-6 morceaux de topa et on rentre au lodge. Le lendemain, nous nous rendons sur la berge d'en face pour assembler le radeau. On est samedi fin de journée, on profite alors d'un bain dans le fleuve... Cela fait deux jours que j'ai une douleur au genou, vraiment gênante lorsque je m'accroupis, je pense à retarder mon départ. Seulement à la sortie du bain, la douleur a disparue, comme par miracle. C'est comme une révélation, un message de la nature pour que je parte, je suis en sécurité, elle prendra soin de moi...

 

Fête de départ au village

    Samedi soir, je pars au village faire quelques courses, une machette, du charbon, un kilo de riz, un demi kilo de flageolet, du thon, quelques oignons, un peu de rhum et des cigarettes à offrir sur le trajet en échange d'un éventuel service, puis des feuilles de coca, etc..

   Je m'en vais retrouver les artisans de la rue, ce fut un début de soirée de la puta madre. Je m'approche d'un artiste qui a peint le visage d'une enfant sur le sol de la place d'armes. Sa peinture est exceptionnelle, l'expression du visage de cette gamine en dit long, elle semble rêver, mais ses yeux sont à demi-fermés, quelque chose l'empêche de s'évader librement, une vision du désastre de l'homme sur la nature met en péril ses rêves, l'insouciance naturelle de l'enfant ne peut plus opérer, l'enfant ne joue plus, il est inquiet. L'art de la rue n'est pas encore attaquée par l'ordre policier à Puerto Maldonado et c'est une chance. De plus je trouve que cette forme d'art est le summum de ce que peut faire un artiste. C'est une offrande à la rue, à l'espace publique, un cadeau aux passants qui restera plusieurs jours présent, et qui attirera l'attention de ceux habitués à passer ici chaque jour. Car si l'artiste reste ici en attendant une petite contribution des passants, "il ne reviendra pas demain, il n'est pas là pour s'enrichir, ce qu'il récolte en une soirée est le juste prix pour son art, il n'en demandera pas plus". Je retranscris mot pour mot ce qu'il m'a dit, et je dois dire qu'il m'a bleufé.
    
    Je rejoins un autre groupe et commence à parler avec un ancien artisan de la rue, qui s'est sédentarisé il y a quelques années. Il aime revenir faire quelques passages au sein de cette communauté, un accueil, une chaleur, une simplicité... Il n'a retrouvé cela nulle part ailleurs.

    Enfin je retrouve William, un bolivien qui commence l'aventure nomade. Je l'avais rencontré à plusieurs reprises depuis mon arrivée à Puerto Maldonado, et un jour il me raconte qu'il a tout perdu. Une soirée hors contrôle, où il s'assoupit dans la rue. Malheureusement celle-ci ne lui portera pas chance, il se fait voler tout son artisanat et ses affaires. Il n'a plus rien, mais lorsqu'il me raconte cela, il n'est pas abattu, il garde le sourire et se relèvera. Ce soir, je devais lui apporter du bois et des clous pour qu'il se fabrique un nouveau présentoir de son artisanat. Tête en l'air, j'ai laissé le bois sur le port de Corto Maltes... Mais j'ai les clous, et du fil de macramé, je lui assure que je lui ferai parvenir le bois lundi soir par Calincho, et lui donne déjà ce que j'ai. Il est super content, et m'offre un petit bracelet pour "que je ne l'oublie pas". Cette idée est très présente dans la culture latine, à chaque départ on m'a prié de ne pas les oublier... Mais comment pourrais-je oublier ne serait-ce qu'une personne de mon voyage, ils m'apportent tellement, m'apprennent tellement de choses, me considèrent comme leur frère que ce soit Vaquero et Heidy les artisants d'Arequipa, José le paysan, Fabiola et son frère David, la grand-mère de Juliaca, Carlos et toute l'équipe de Corto Maltess...

    Dans le groupe il y a deux espagnols bien sympas. Après avoir récolté quelques soles auprès du groupe, ils reviennent avec une bouteille de Cachaza. Les cordes de la guitare commencent à vibrer, un allemand sort sa percussion, la musique nous réunit tous. L'ex-artisan s'assoie à côté de moi : "C'est cela que j'aime avec cette communauté".

    Je pars retrouver Calincho dans une boîte de nuit, j'hallucine une fois de plus sur la beauté des danses latino, le déhanchement des filles est tout simplement magnifique, pendant que moi je n'arrive toujours pas à bouger mon cul. On change de boîte, et on retrouve Paquito et Berli. Puis c'est le groupe d'artisans qui fait son apparition, le morceau se termine pour laisser place à un bon Bob Marley ! Hommage aux artisans, je me laisse aller sur un rythme reggae où je suis bien plus à l'aise, cette musique est synonyme de liberté, chacun danse à sa façon, se laisse porter, le style est libre, pur bonheur !  Je finirai je ne sais trop dans quel état, me réveillant à mon hôtel le crâne dans un étau. Je sors pour acheter un coca pensant me recoucher, mais à mon retour, le gars a déjà changé les draps. J'irai m'asseoir sur le port en attendant le peque-peque pour Corto Maltes, contemplant la fleuve qui me portera bientôt...


Derniers préparatifs

   
On est dimanche, je pense partir demain, je m'active alors aux derniers préparatifs. La base de mon radeau est prête, il me reste à faire un petit toit de feuilles pour l'ombre. J'obtiens la clé de l'atelier auprès de Manuel, et commence la structure avec du bois de récupération. J'affute ma machette et l'utilise pour la première fois pour couper des feuilles de palmier, j'accroche le tout avant la tombée de la nuit. Puis je me lance dans la fabrication de ma rame, je suis crevé, je fais n'importe quoi, en trois morceaux avec des clous... En faisant mon sac je prends la décision de reporter mon départ à mardi, c'est pas sérieux de partir demain avec cette fatigue. Grasse matinée pour récupérer le manque de sommeil, puis vais rendre visite aux charpentiers pour finir de prendre des notes sur la construction, Carlos me fait un plan de toute la charpente, étape que je ne verrai pas. Puis je me lance dans la fabrication d'une meilleure rame avec Calicho, Johan et Bamboocha. Quatre autour d'une tronçonneuse, c'est plutôt comique mais le résultat est pas mal. J'arrondis les bords avec une lime et fignole le manche au ciseau à bois.

 

 

    En fin d'après-midi, Yoni et Berli m'enseignent la géographie du fleuve. J'ai imprimé une carte Google Earth (internet génération :-)), et ils m'indiquent les lieux où je peux rester dormir, me donnent 2-3 recommandations. Fernando me donnera un peu de musique pour mon voyage, de belles chansons sur la nature... Ces musiques accompagneront une grande partie de mon voyage. Il me dit de faire attention, mais je lui explique que je ne jouerai pas avec la nature, à la moindre crue je m'arrête, si je galère je me ferai trainer par des bateaux, bref je pars, mais pas avec le défi qu'il faut que j'arrive tout seul à tout prix !

    Le soir, on se retrouve au bar du lodge, où chacun me gravera un petit message sur ma rame. Quelques bières puis une bouteille de pisco que l'on ira boire dans ma chambre. Échange sur le voyage, l'aventure, l'amitié... On ne terminera pas bien tard, je compte partir à 5h... Finalement je me lève à 7h, et prend un dernier petit déjeuner avec l'équipe. Felipe et les cuisinières me disent qu'ils se sont levés à 5h pour mon départ...je me sens un peu con. J'embarque un sac rempli de pains offerts par les cuisinières ainsi qu'un gilet de sauvetage. A ce moment arrive le peque-peque du village, tout le monde est présent pour mon départ. Je ne traine pas trop et embarque, tout le monde est sur le port, ça fait un peu comme dans les films, kitch', mais cela dit ça fait en même temps bien plaisir.

 

Premier jour, adaptation

    Premiers coups de pagaie, et premières surprises. Le radeau on l'a pensé vite fait, mais pas testé. En deux coups de rame, le radeau vire à 90º, je dois me déplacer de droite à gauche et de part la largeur du radeau, c'est trop galère, finalement je l'utiliserai dans le sens inverse que je l'avais conçu, mais ça gêne pas, je suis devant, j'avance le radeau en travers, les pieds à fleur de l'eau, et je peux pagayer sans avoir à me déplacer sur le radeau.

    J'observe chaque relief, chaque mouvement de l'eau du fleuve, j'apprends à lire mon chemin. L'apprentissage par la pratique c'est drôle ! J'apercois quelques petites vagues qui se forment à cause d'un bout de bois dépassant à la surface de l'eau. Le remous est faible, ça ne doit pas être grand-chose, et de toute manière j'ai pas anticipé, je vais droit dessus, ça frotte un peu, ça semble passer... et puis non ça bloque, je reste coincé ! Je commence à pagayer mais rien à faire, l'eau passe à côté de moi mais ne m'emporte pas, et puis ya personne... Donc je commence à me déplacer sur le radeau, faire levier, le mettre en mouvement, le radeau se met à tourner lentement puis glisse à nouveau sur le fleuve... et me voila me reparti ! Avec plus de vigilance pour plus d'anticipation, je réussis à contourner chaque obstacle. Puis viendront les ampoules très rapidement, et un faux mouvement me fait mal au dos, ça me gène pour pagayer. Je prends conscience que je doit prendre soin de mon corps, que s'il m'arrive un truc, je suis seul et tout peut très vite se compliquer. Mais c'est ainsi qu'on apprend, attentif à chaque événement, il faut les interpréter, puis agir en conséquence. Je suis persuadé qu'avant un gros pépin n'arrive, plusieurs signes se manifesteront pour nous alerter, à nous de les lire. Puis chacun de ces signes, s'il est compris, est une connaissance supplémentaire, l'expérience vient en pratiquant et c'est comme cela que dès le deuxième jour je partirai en plus grande confiance car désormais je maitrise le radeau, et commence à bien connaitre les réactions du fleuve, du moins par cette météo.


     En fin de matinée, je sors d'une courbe et reçois un fort vent de cote qui m'oblige à pagayer constamment pour m'éloigner du bord, mais finalement je me laisse échouer sur une plage où ce sont installés des miniers, des chercheurs d'or ! Je descends et commence à discuter avec un gars qui m'emmène direct voir une machine en marche pour que je vois comment cela fonctionne. Pendant qu'il répare un truc, son compagnon me montre une assiette et comment trouver quelques pépites à l'ancienne... Et bien il est chargé d'or ce fleuve !!! Du premier coup le mec trouve 3-4 micro pépites, c'est génial ! je tenterai, il me manque le coup de main mais l'idée est là, si je suis fauché je sais quoi faire ;-). Je mangerai avec la femme du premier minier, je partage du thon et du pain, elle m'invite pour du riz et une gélatine... et voila j'ai un repas complet !

    Je repars, mais le vent souffle toujours, il est pas si fort mais me gêne suffisamment. Je n'arrive pas à rejoindre le milieu du fleuve, je rame en permanence juste pour me maintenir à quelques mètres du bord. Je m'échoue auprès d'autres miniers et leur demande de me tirer avec leur bateau jusqu'au centre, j'attends un peu longtemps qu'ils fassent leurs affaires, puis un bateau me traine jusqu'au centre. Ils me laissent mais je ne serai pas longtemps seul ; les premiers chercheurs d'or avec qui j'ai déjeuné, apparaissent en bateau, "tu veux qu'on te traine ?" Bah je vais pas refuser, j'en ai trop marre de ramer à contre vent ! Il me traine jusqu'à la prochaine courbe, ils me disent qu'ils vont plus loin, mais une fois m'avoir lâché, ils font demi-tour, ils se sont déplacer pour moi, une preuve de plus de la générosité de ces péruviens !

    Je finis mon trajet tout tranquillement le long de la berge, je me relâche un peu, et peux alors prendre le temps d'observer la végétation et ses oiseaux... Je croiserai un bateau de CortoMaltes avec des touristes rentrant au lodge, ça me fait trop plaisir ! Ils étaient super cool ces touristes français pour une fois ! J'avais pas mal papoter avec eux, et ce sont les premiers touristes "citoyens" que j'avais rencontré. Des gens simples, respectueux et intéressés de ce qui se passe ici, émerveillés... bref des gens biens ! Donc je les croise, ils me souhaitent bonne route, un petit rayon de soleil humain !


Taricaya

   
Fin de journée, en longeant la berge je guette un signe de vie, une petite entrée de propriété, celle de Taricaya, centre d'une ONG européenne dont l'administrateur à Taricaya est péruvien, à Corto Maltes on m'a dit que je pouvais y passer la nuit. En sortie de courbe, il y a un petit port et deux filles qui descendent les marches, je leur demande si je suis bien à Taricaya, c'est ok, je jette l'ancre. Elles sont françaises et partent travailler dans une ferme proche. Il est 15h, ya pas grand monde, je commence par une petite balade au tour du centre, puis fait une sieste dans un hamac, la musique de Fernando dans les oreilles. Je suis happy, premier jour réussi, en plus je découvre un nouveau lieu, de nouveaux gens, de nouveaux projets... J'attends le retour de Hernando, le péruvien gérant des lieux. Je croise d'abord une anglaise, la numéro 2, je lui explique que j'arrive et que je demande l'hospitalité pour une nuit.

 
        << - Ah mais nan c'est pas possible, on fait pas auberge, c'est un centre de travail ici...
            - Oui mais je suis de passage j'ai ma bouffe, mon hamac, ma moustiquaire, je demande juste à poser mes pieds sur le sol de Taricaya sans même prendre un fruit... M
ais cette p.... d'anglaise ne bronche pas et campe sur ces positions

            - Nan les bénévoles paient pour être ici, on est pas hôtel etc....
         >>

    Bref t'énerve pas ma vieille, on va attendre le péruvien ! Hernando arrive, le sourire aux lèvres, je lui raconte, il m'accueille les bras ouverts, nourri logé gratuit ! En parlant avec les bénévoles et avec lui, les projets Taricaya semblent intéressant, j'ai envie de profiter des lieux et d'en savoir un peu plus. Je reste une journée avec les membres de l'asso, irai planter des arbres à la communauté de Palma Real et profiterais d'un pont suspendu pour prendre de l'altitude dans la Selva. 45m de haut et un début d'horizon, bien des arbres montent plus haut, je prends conscience de la grandeur de la jungle, c'est époustouflant !


 

    Taricaya, c'est un centre où des bénévoles paient 1000€ par mois pour vivre là et participer à divers projets, on y parle francais et anglais, c'est un peu une ambiance d'expat qui viennent sauver la planète. Ceci dit je rencontre deux filles françaises bien cools qui me feront la visite des lieux et me raconteront les ragots de Taricaya ;-)…
    
    Le lendemain je me lève à 4h30 du matin, enfile mon pantalon et me rend au bord du fleuve, tout est calme, c'est le moment de partir. Je rentre dans ma chambre, puis sens quelque chose bouger dans mon pantalon, je me presse de le baisser et vois alors surgir un putain de tarentule !!! Aahhhhhhhhh ! Je fais quatre pas en arrière, me tire les cheveux, jamais je ne me suis autant effrayé ! Cette tarentule est restée quelques minutes dans mon froc sans rien me faire, elle ne m'a pas piquée, ne m'a pas donné d'urticaire ni rien... Je me remets de mes émotions, me tranquillise et vois alors cela comme un nouveau signe, une petite alerte "N'oublie pas que t'es dans la jungle ! Mais vas-y file je prends soin de toi !". Le smile jusqu'aux oreilles, je vais me faire un thé dans les cuisines et retrouve Hernando, c'est toujours quand il faut partir qu'il se passe des trucs intéressants. Alors je ne partirai pas tout de suite, mais 2 heures plus tard, et après des discussions super enrichissantes tournant autour de la véracité des actions ONG dans une région qu'il connait bien, point de vue péruvien !

    Et bien je me faisais pas que des films sur le travail des "blancs sauveurs du monde" ! On est loin du nombre d'erreurs que vous autorise vos banques ou assureurs ! Ça part d'une bonne intention, une philosophie fleur au fusil, mais à trop vouloir faire le bien, on en oublie pourquoi on le fait, et franchement on arrange pas les choses. En laissant de côté les incompétents, il y a les grosses organisations qui ont tout de même de bons ingénieurs, qui ont rédigé un bon projet et qui ont obtenu plein de sous de l'aide internationale pour leur projet qui va sauver la planète et qui développera l'économie ! youpi ! Mais la théorie, les bouquins ne suffisent pas à comprendre la complexité de la jungle, et ce n'est malheureusement pas le gringo tout droit sorti de son labo, qui donne les meilleurs résultats. Mais tant pis, l'argent est là, il faut l'utiliser sinon ils ne m'en donneront plus ! Puis j'ai intérêt que ça marche, c'est quand même la Banque Mondial qui m'a filé ces petits milliers pour ce projet de pisci-culture. Alors quand mes inspecteurs viendront sur place pour voir l'avancée de mes recherches, j'irai au marché acheter un bon gros poisson bien frais, il sera beau sur la photo pour le rapport à la commission. C'est l'histoire d'une petite ONG qui a atterri tout près de Taricaya pour faire son petit développement local. En parlant à Hernando, celui-ci lui avait directement dit que ça n'allait pas marcher, mais monsieur l'ingénieur avait travaillé pendant des années sur son projet, alors c'est pas un péruvien qui allait lui apprendre son métier ! Ben ouai, mais le hic ce qu'en plus de gâcher plein de tune, de perdre la confiance des locaux qui voient défiler des ONG toute l'année, on est en train de rédiger de bons petits rapports qui montrent que il y a plein de trucs possibles pour le développement et qui sont vraiment trop con ces locaux pour ne pas les utiliser, mais les locaux qui l'utiliseront, perdront du temps et de l'argent à essayer de mettre en place une pisciculture qui ne marche pas ! C'est comme le voisin qui est passé au petit dèj ce matin là, à qui Hernando demande naturellement comment vont ses abeilles, il fait un quart de tour, lève la main et la jette en sol, 

  << - Ah ne m'en parle pas !  lance-t-il. Quelle belle saloperie ! J'avais pourtant tout acheté mais... c'est compliqué, j'y arrive pas ! Je vais leur retourner !
     - Mais tu avais investi ?
     - Oui la moitié du prix et il fallait rembourser petit à petit...
>>

    Il sera remboursé ce paysan selon Hernando, mais c'est une ONG qui est passée un peu vite, sans formation suffisante, non adaptée à la culture locale... C'est le cas typique de l'ONG qui croit avoir trouvé UN truc trop bien qui marche partout, alors elle tente d'inonder le plus grand nombre de territoire, c'est encore un raisonnement inévitablement trop simpliste, qui ne prend en compte la complexité et la diversité de l'être humain et de ses organisations sociales. Encore une fois on perd du temps, de l'argent, et la confiance des locaux. Aujourd'hui, les communautés réagissent en demandant "Combien ? Qu'elle est la somme d'argent en jeu ?" Ben ouai il y en a tellement qui ont fait de la merde, alors au moins "s'ils veulent faire de la merde sur mon terrain, je veux ma part !"


Deuxième jour sur l'eau

    Bref c'est un aperçu des sujets abordés ce matin là. Hernando tempère en disant que cela part d'une bonne intention, et qu'il y a aussi quelques bons projets. Moi je dis, si il y en a une qui rigole, c'est Babylone ! 

    Je pars alors un peu plus tard que prévu, sous un soleil déjà bien brulant. Cette fois j'ai domestiqué le fleuve, je suis plus à l'aise et profite davantage du voyage au rythme de l'eau. Il y a un endroit où une île s'est formée il y a peu, et un des passages est bouché, le fond est sableux et peu profond, je dois passer par la gauche, ce sont les conseils d'Hernando. En approchant de l'embouchure, je me dirige au centre du fleuve, il n'y a pas un vent aujourd'hui, j'y arrive sans difficulté. Le courant est fort, il me porte tout droit. Je continue un bracelet de macramé, puis soudain relève la tête et me rend compte que je me déporte rapidement sur la droite, dans la mauvaise direction, je me mets à ramer à ramer mais ne parviens pas à traverser ce courant latéral, j'accoste sur un amas de branches auquel j'accroche mon radeau. Je descends à terre, je suis comme un con, bloqué entre deux cours d'eau, un qui m'emmène dans un bourbier, l'autre qui m'emmène à bon port mais dont je ne peux que contempler, sans pouvoir m'y approcher. Il est l'heure de manger, je sors mon riz thon oignon et casse la croute. Quelques centaines de mètres auparavant j'avais vu des miniers, alors je commence à les appeler. Pas de signe d'eux la première heure, mais soudain je vois quelqu'un marcher sur la plage, j'appelle je fais des grands signes avec des branches, mais le mec ne réagit pas. C'est con j'avais mis pas mal d'espoir sur ces gens... Je commence à faire un grand panneau "A l'aide" avec des branches bien vertes, comme ça si quelqu'un passe il verra et viendra. Bref je rentre dans un univers un peu fou, instincts de survie, et cerveau en fusion. En fait je suis pas super inquiet, car il y a le lac Valencia, et donc des touristes qui passent près de moi tous les 2-3 jours. Je suis pas mal excité certes, j'essaie de me poser mais j'y arrive pas, il faut que je sois actif, même si je fais ça lentement. Puis j'aperçois un bateau qui arrive. Le mec s'arrête au milieu du fleuve et se laisse descendre tranquillement, je lui fais des signes et commence à lui expliquer en deux mots que je veux juste qu'il me traine 100m plus vers le centre du fleuve. Le mec redémarre, me passe devant mais ne semble pas s'arrêter, je commence à gueuler, lui dire que je peux le payer un peu, que je suis dans la merde, mais le mec ne réagit pas et poursuit son chemin... Je reste sur le cul, c'est la première fois que je croise un péruvien qui réagit ainsi. La pression commence à monter, merde pourquoi on s'arrête pas, je suis en zone frontière, il y a ptet pas mal d'activités pas super légales... bref la peur entraine la paranoïa, on connait la chanson. Je pars pour passer la nuit ici, commence à construire un support pour mon hamac, je préfère dormir au bord de l'eau que dans la forêt. Le problème c'est que toutes les 10 minutes il y a un morceau de la berge qui se décroche et tombe à l'eau, le gros tronc sur lequel je suis amarré a déjà glissé un peu, je ne peux pas rester ici ! Puis je réfléchis un peu quand même et vois le courant passer sous mon nez, soi-disant dans la mauvaise direction. Mais cette eau doit bien sortir quelques part et je retomberai alors obligatoirement sur le plus gros cours d'eau ! alors je pars. Libéré de ne pas passer la nuit là, mais inquiet de savoir si je vais déboucher ou pas. Puis 20 minutes plus tard, j'arrive droit sur le fleuve Madre de Dios, sans même pagayer. Pourquoi lutter à aller contre le courant ? Bref ce n'était finalement qu'une mauvaise information qui m'a fait entrer dans des circonstances assez inédites, pas des plus tranquilles, mais finalement à vivre pour connaitre sa réaction, seul, isolé, se mettre face à soi-même.


    J'arrive le soir au poste de control Huisene. Trois jeunes se relaient pour veiller à ce poste de surveillance de la forêt, de la pêche et du marché noir... Le gars est seul tous les jours, il voit pas grand monde alors il est content que j'arrive. J'ai un peu de bouffe, on partage et on se cuisine un truc. Il me fait découvrir une boisson chaude de bananes, bien bon ! Une fois le repas terminé, le gars retourne à sa radio et finira la nuit à chatter sur les fréquences de rencontres sexy ! Je pars à l'aube, aujourd'hui je passerai la frontière.

 

Troisième jour, la révélation

            Me voila parti, cette fois il est 5h... et je suis déjà sur l'eau. Tout est calme, c'est l'aube, la nature s'éveille. Les loros (type de perroquet vert) se regroupent sur une falaise argileuse pour panser leur estomac pour la journée, un peu comme le Smecta ! Je passe alors près d'eux, sans un bruit, je peux les observer, ils sont une bonne centaine. Un petit bruit ou ma venue, que sais-je, les font s'envoler… tous ! Je suis là tout seul sur mon petit radeau, à l'aube, et la nature m'offre un spectacle des plus forts que j'ai vécu, l'envol de centaines de perroquets à quelques dizaines de mètres de moi… magnifique, magnifique ! Ce sera l'unique mot que je pourrai employer, mais qu'est ce qu'il est insuffisant, qu'il est difficile de retranscrire ce que jai ressenti… il me manque la poésie.    

    

Ce jour sur le fleuve sera ainsi, pas un bateau rencontré, pas une aide extérieure, seul devant MadreTierra, seul à l'observer, à l'écouter, à la vénérer. Jamais je n'ai senti tant de plénitude, de sérénité, de confiance. Chaque matin je demande à MadreTierra de prendre soin de moi, et ce matin ce sera le jour de l'offrande, de la prière avec elle, de la remercier pour tout, sa force et sa beauté. Je suis parti au début de la saison des pluies, j'admets aujourd'hui que ce n'était pas très sérieux, une crue sur le fleuve n'est pas un jeu, plusieurs m'ont dit que j'étais inconscient. Mais je ne pouvais recevoir ces paroles, de toutes manières chaque pas dans la vie est un risque pris, si on écoute ces paroles on ne fait rien, on ne vit pas, ou pire on vit dans la peur et l'inquiétude. Mais jamais je n'ai ressenti cette crainte, il y avait quelqu'un qui me protégeait, une Terre qui m'accueillait.

Je suis depuis 3 jours sur le fleuve au milieu de la Selva, je navigue dans les veines de PachaMama, avançant à son rythme, celui de son sang. Je ne fais rien à contre courant, j'observe et me laisse porter, ce n'est pas moi le maitre, je suis l'enfant porté au cœur de PachaMama, dans la jungle où la biodiversité et la complexité de la nature nous montrent ses formes les plus exaltantes. Un petit bonhomme, une petite goutte de vie dans un océan d'harmonie, comment refuser ce voyage sur le compte de la peur ? La nature est notre quotidien, nous donne un sol où marcher, une nourriture pour avancer, et un spectacle pour nous enrichir. Retourner près d'elle ne serait-ce que pour l'admirer, devrait être un devoir, une reconnaissance. En tout cas moi j'y suis et je ne peux que contempler, restant sans mot devant cette force, cette nature merveilleuse, cette eau qui me porte. Je n'avance pas, c'est l'eau qui porte, PachaMama qui me berce dans ses bras… Merci !

J'arrive au poste de contrôle de la frontière péruvienne. Une fois accosté (bon pas vraiment au bon endroit), je me rends au poste frontière situé un peu plus dans les terres. Mais le parcours est loin d'être évident. Je commence par traverser un petit cours d'eau avec de l'eau jusqu'a la poitrine puis un autre. Mais cette fois il y a des planches pas très fixes, je passe en équilibriste et m'en vais faire signer mon passeport. Les flics n'en sont pas vraiment, on papote, ils me demandent de l'herbe que je n'ai pas, puis me laisse partir… je me rendrai compte qu'ils n'ont même pas tamponné mon passeport. Je retourne à mon radeau pour aller au poste bolivien un peu plus bas. Seulement le passage sur les planches flottantes ne sera pas soldé de réussite, je me retrouve à l'eau avec un petit sac que je n'avais pas pris le soin de refermer dans son sac poubelle (il y a à l'intérieur toutes les choses soi-disant importantes…). Je m'empresse de rejoindre la berge, balance mon sac et retourne à l'eau pour choper mes ojotas (sandalettes). La fin, ben tout est mouillé, appareil photo, argent, cartes, papiers… Mais en fait je m'en fou, ça ne fait rien, je préfère rigoler en regardant ces p…. des planches flottantes et imaginer ma chute qui devait être bien comique.

Je repars sur mon radeau jusqu'au poste de frontière Bolivien. Ambiance militaire, oh que ça fait bizarre ! C'est un peu sec, pas très fun… Puis j'apprends que la route pour la Paz depuis ce poste n'existe pas ! J'ai une carte officielle chopée sur le site du gouvernement bolivien, où une route est indiquée descendant à la Paz. 

 

<<       -  Mais c'est un projet depuis des années déjà, mais qui n'a jamais abouti !

-  Ah ben c cool ça ! et la route elle va où ?

-  Il n'y a aucune route ici ! Faut aller jusqu'à Chive ! On estime mon trajet à 5-6 heures, il est déjà 13h

-   T'as une lampe ? me demande-t-il. Car tu risques d'arriver de nuit… Puis faut pas que tu loupes ce village car après c'est 10-15 jours de navigation jusqu'au prochain village…

-   …. >>

 

C'est mort je pars pas là-bas, je prendrai jamais ce risque. J'essaie de leur faire comprendre que je ne suis pas chaud pour repartir et esquisse un "je peux dormir chez vous ?" Mais les termes employés sont trop diplomatiques ou bien eux trop réticents. " Mais si tu peux arriver avant la nuit !" "Ok. euh non c'est mort, j'ai de la bouffe, un hamac, je m'installe dehors…"

 

On finit par m'accepter, soulagement. Il est tôt, je fais mes petites affaires, étale mes billets, appareil photos, CD, cartes… au soleil pour qu'ils sèchent, puis fait ma petite lessive dans le fleuve. Il y a un radeau sur la berge, celui d'un espagnol passé là il y a quelques semaines. J'ai failli prendre peur en le voyant, il est 5 fois plus grand que le mien, avec une grande plateforme ou le gars avait mis sa tente… Bref c'est un bout de bois que j'ai à cote de ce monstre ! Mais il me suffit amplement, nos besoins sont infimes, pourquoi toujours plus grand, plus fort, plus confortable ?...

 

Je me fume un petit tabac sur le bord du fleuve, et un des capitaines adjudant ou je ne sais quoi, s'installe près de moi et l'on commence à discuter. Politique, révolution, Evo Morales, ce mec est super fier de son gouvernement ! C'est pas souvent qu'on en rencontre des comme ça. Mais on est en Bolivie, et un président indigène ça aide ! Surtout quand il s'agit de se rapproprier les ressources naturelles, nationaliser les ressources du pays afin d'arrêter le pillage occidental déjà bien institutionnalisé dans ces pays latins. Puis ça divague, on parle de l'homme, la famille, de tout et n'importe quoi, mais à dominante humaine ! C'est un plaisir et ça se passe avec un homme des forces armées. Un repas, un film avec les bidoches, puis un dvd que tous les deux, lui et moi, des Kjarkas, groupe de musique folklorique de la Bolivie. Je suis face à un militaire de profession, mais avec un cœur gros comme ça, et une sensibilité surprenante, il chante, balance la tête devant ce dvd, comme un enfant…

 

Il est l'heure de dormir, on m'indique une pièce, plus glauque je meurs… Vitres cassées, impact de balles sur les murs et merdes de poules au sol… Ceci dit j'ai le droit à un matelas "Ejercito de Bolivia" plutot pas mal… Je me reveille avec les poules, putain elles sont trois dans ma piaule ! Les jeunes sont deja debout, ils rentrent d'un footing d'une heure et sont en train de dejeuner. Je m'incruste, je n'ai que du vieux pain, et un maté serait appréciable pour le faire passer. Bon le maté on oublie, j'ai de l'eau chaude avec 3 grains de riz et deux miettes de lait en poudre… C'est complètement infame, mais mieux que rien…

 

 

 

Quatrième jour, Chive

 

De nouveau sur le fleuve, pour le dernier jour… Le début n'est pas de tout repos, je dois traverser le fleuve jusque de l'autre côté car Chive se situe sur l'autre rive. Deux bonnes heures plus tard me semble-t-il, j'arrive de l'autre cote, je peux me reposer. Je suis désormais à l'intérieur des courbes qui suivent, là ou le courant est faible et la nature plus tranquille, dernier spectacle de MadreTierra. Je cherche cette fois a me maintenir au bord, pour aller moins vite, faire durer le voyage. Tout est lent, tout est doux. Un oiseau jaune et vert, fait quelques pirouettes autour de ma barque comme s'il m'accompagnait. Je ne cesse de lever la tête et de regarder cette flore luxuriante. Arrivée tranquille à Chive, je m'accoste dès que je peux, cela sera une barque de miniers, il n'y a personne. Je vide mon radeau, fais le tri de la bouffe qu'il me reste et laisse le tout sur la barque à laquelle je suis amarré, le radeau il en fera ce qu'il voudra, j'espère qu'il servira à quelqu'un… Je monte le petit chemin et arrive au village, le premier homme rencontré est le propriétaire de la machine, je lui dit ce que j'ai laissé, il n'a pas l'air de comprendre…

 

J'arrive alors sur la place du village, qui n'est autre qu'un terrain de foot. Trois gamines, plus belles que le soleil, jouent, avec un sourire et une tranquillité marquante. Je m'installe à la table d'un restaurant et en attendant que le déjeuner se prépare, je rencontre des ingénieurs miniers qui eux aussi me feront l'éloge d'Evo Morales. Surprenant cette compassion pour un président !

 

Je dépose mon sac et me rends à la plage du village sur les conseils d'une commerçante. Un kilomètre à pied le long d'un grand chemin, puis j'entends des cris, des voix qui s'expriment. Une petite rivière d'eau extrêmement claire où quelques familles sont là. Les gamins jouent, pendant que maman lave la linge et papa lave son quad ou sa moto. Je me baigne avec eux, l'eau est excellente. Je les intrigue, aborde mon voisin, puis repars, je n'ai pas trop l'humeur à parler, je retourne sur les bords du fleuve, celui qui m'a porté jusqu'ici. Bon le retour se fera à moto, un jeune m'embarque puis me dépose sans un mot, juste un grand sourire !

 

Je passerai alors la fin de l'après-midi devant le fleuve Madre de Dios. De belles chansons d'Hernando dans les oreilles, j'admire ce fleuve, contemple son mouvement, je remercie MadreTierra pour tout ce voyage, pour avoir pris soin de moi, pour qu'il ne m'aie rien arrivé. Moment fort, tout revient, chaque instant vécu surgit dans mon esprit comme un rayon de soleil, un sourire suit, accompagné de larmes. Putain que c'était bon !!!

 

 

 

 

Construction bois au milieu de la Selva...

Par Pachamerica :: 03/12/2008 à 0:13 :: c_Peru_Selva

    Lors de ces deux jours à Corto Maltes en tant que traducteur, j'ai alors l'occasion de découvrir la vie sur ce territoire isolé pour touristes, où vit une équipe très diversifiée. Un matin je ferai la rencontre de Carlos et Calincho, les deux carpinteros (charpentier) du lodge. Carlos est le maestro, toute sa famille est du métier, il construit tout, sans plan, sans dessin préalable, avec une tronçonneuse et un marteau. Le gars est bien cool, et quand je vois ce qu'il a fait je me dis que j'aurai beaucoup à apprendre de lui !
- Lundi on commence une nouvelle construction, un genre de mini musée...
- Cool, je peux travailler quelques temps avec vous ?
    La réponse est positive, et après un WE un peu trop arrosé à la ville avec les guides et les touristes français, j'embarquerai lundi matin sur le peque-peque du personel pour commencer la semaine avec mes deux nouveaux compagnons !


Premiers jours...

    La construction, elle part de zéro, et cela veut dire qu'il faut commencer par faire des trous dans la terre ! Les maisons sont sur pilotis, les trous d'un mètre de profondeur sont réalisés à la main à l'aide d'un outil manuel (la cabadora : ressemble à une grosse pince). Un peu rude comme taf, mais il y a déjà des trucs bons à noter dans sa manière de composer pour bien aligner les pilotis. Ensuite il faut remettre la terre autour du poteau et tasser avec un bout de bois, un peu comme ils pilent le riz en Afrique... J'ai au moins trois ampoules sur chaque mains, qui percent les unes après les autres c'est horrible ! Mais j'ai adopté le remède local, uriner sur les ampoules pour accélerer la cicatrisation et c'est super efficace...
 

 
    Le lendemain je les laisserai un peu mochement à faire les trous, je dois passer la frontière du Brésil pour obtenir un nouveau visa et prolonger ainsi mon séjour au Pérou. Qu'il est dur de quitter ce bon pays, 3 mois sont bien de trop courts ! Après 4 heures de voyage en direction de la frontière et un 3ème collectivo, commence une prise de tête avec le nouveau chauffeur, ça sent l'arnaque à plein nez, je descends à la frontière d'entrée au Brésil, et me fait tamponner "Entrée" puis "Sortie" dans la même seconde. Je laisse alors le collectivo avec ces deux passagers relous à la frontière, puis repars dans l'autre sens le pouce levé. Un taxi me prend, mais une fois le pont traversé il se fait arrêté par la douane à moto, il me laisse là et gardera les 5 soles que j'avais payé pour aller jusqu'au prochain bled, alors qu'il ne m'a emmené que 200 mètres... Je prendrai un autre taxi et rentrerai le soir même à Puerto Maldonado, n'ayant rien vu du Brésil !
 
    Je les rejoins le mercredi, pour finir les trous et disposer les pilotis, suivront le solivage du plancher ainsi que les fermes de toît. Pendant deux semaines je participerai quotidiennement au chantier et ce fut un vrai plaisir, qui plus est formateur. Mais le travail ne se passe pas seulement sur le lieu de construction avecv un marteau et une tronconneuse, ici les moyens rudimentaires engendrent des activités qu'on n'oublierait qu'elles existent, du moins pour le laps de temps qui ici est multiplié par l'infini,je veux parler du l'approvisionnement des matériaux. C'est un bâteau qui livre le bois déjà coupé à la bonne sections (à la tronconneuse, alors on ne regarde pas les marges d'erreur...). A ce moment entre 7 et 10 personnes sont mobilisées pendant 2-3 heures pour sortir les bouts de bois et les monter un peu plus haut. Franchement ils ont du bois super dur et donc super lourd, j'ai l'impression que je rétrécis sous leur poids ! Puis ce n'est pas tout, car ce lieu d'entrepos n'est qu'une étape il faut ensuite l'emmener à l'atelier où on le met à tremper dans des sels pour un traitement. Il y a environ 100m à parcourir et on est que deux, Calicho et moi. Enfin il reste un dernier trajet de l'atelier à la construction, de nouveau une centaine de mètres... Tout ca pour dire qu'on en a passé des heures à porter ces p... de bout de bois ! Mais ca fait partie du jeu, après tout c'est une corvée qui une fois passée, te fait apprécier le travail qui suit ;-)
 




Les journées charpente

    Pour cadrer l'environnement, il fait environ 35ºC (équivalent à 45ºC en resssenti), le taux d'humidité est de 80-90%, de 10h à 14h le soleil ne semble pas bouger du zenith, enfin il fait bon travailler de 8h à 9h et de 15h à 17h... Le reste du temps lorsque le ciel n'est pas couvert, on croule sous la chaleur. Sans exagérer, il suffit d'enfoncer deux clous pour avoir le dos trempé, les gouttes du visages tombant au sol, c'est toute la surface de la peau qui transpire. Mais je ne suis pas le seul à souffrir de cette chaleur, les locaux ne sont pas des sur-hommes et semblent ne pas s'y être habitués physiologiquement à cette chaleur. C'est pourquoi dans ces pays, on dit qu'il vivent cool, passent leur temps à discuter etc... Mais ici, les pauses sont tout simplement vitales, travailler deux heures sans interruption n'est pas vraiment envisageable. Alors le travail, devient agréable, toutes les heures voire moins c'est le moment d'une pause, jus de citron avec un énorme glacon et les citrons ceuillis à 3 mètres, puis les histoires, les blagues... Carlos aussi appelé Perro Loco (chien fou) est un vrai comédien, il ne peut raconter une histoire en restant assis, il faut qu'il mime, qu'il s'agite... Chaque jour et presqu'à chaque pause on a le droit à une histoire à la Perro Loco. Les conneries de gosse ou de moins gosse, les aventures de la jungle, ajouter un peu de romance et d'éxageration, et le coktail finit plutôt drôle ; en deux semaines il ne m'a presque pas lassé...
 
    Carlos est un gars qui aime vivre, et partager de bons moments avec ses collègues, "le travail permet de survivre mais c'est pas ca qui fait vivre". Alors il  n'y aura pas de prise de tête sur le boulot et encore moins sur la productivité. Une matinée où Calincho passera quelques heures avec sa dulcinée pour converser, n'engendrera pas une cellule de crise, ni de morale du genre "le temps c'est de l'argent et si je te paie c'est pour travailler"... Non, il arrive des jours où l'humain a besoin de converser et mieux vaut qu'il soit fait sur le champ plutôt que d'être reporté à la fin de la journée. Et c'est ce que comprend parfaitement Carlos sans même demander le motif de cette pause prolongée... Un considération humaine au travail, ca existe encore en occident ? Bref sans abus, la pause et la détente font partie du quotidien, du travail. Il arrive souvent que Bamboocha le barman, ou Tonny le jardinier, passe nous voir pour converser, c'est l'occasion d'une pause et de parler avec d'autres gens... Et si la pause est peu plus longue que d'habitude, la reprise se fait spontanément avec un plus de rapidité, et le travail finit à chaque fois super bien fait, précis, bien aligné... Pas de stress, pas de précipitation, du bon travail dans un environnement super détendu et convivial, une ambiance de travail rêvée non ?



    Point économique.

    Une fois de plus je prends conscience d'une des plus grandes injustices sociales, celle de la différence de valeurs des monnaies. Il me suffit de 2.5 mois de travail en France pour voyager 5 mois en Amérique Latine (billet d'avion compris). Alors qu'il faudrait plusieurs années à Jimmy pour venir passer quelques mois en Europe, sans parler des complications administratives. Pour ces dernières, effectivement nos gouvernements se permettent de choisir quels "types d'humains" peuvent être utiles à notre économie (l'immigration choisie), pendant que nos entreprises ne se gêneront pas pour s'accaparer des secteurs clés du développement de ces "pays en voie de développement" (au travers de concessions ou non). Ainsi ces derniers ne verront jamais le jour d'un véritable progrès puisque les rênes de leur développement sont aux mains d'occidentaux aux intérêts bien peu orientés vers un développement nationale, allant jusqu'à combattre la souveraineté au nom de la libre concurrence (ben oui, la nation devient une entrave au développement économique d'une entreprise étrangère, surtout dans les secteur public par essence, gestion de l'eau, electricité, transport...). Jusqu'où Babylon continuera de creuser cette division entre les occidentaux dictateurs des règles du commerce internationale (proportion des occidents dans les couloirs de l'OMC), et les éternels soumis condamnés à appliquer les directives des banques et organismes internationaux (BM, FMI...) qui au final n'ont qu'un objectif, les ressources naturelles du sous-sol Sud-Américain à un prix dérisoire, matières premières nécessaires à notre richesse en occident (pétrole, cuivre, or...). Josué de Castro : "Moi, qui aie reçue le prix international de la Paix, je pense que, malheureusement, il n'y a pas d'autre solution que la violence pour l'Amérique Latine" (Las venas abiertas de America Latina, Eduardo Galeno).



Mes débuts à Corto Maltes

Par Pachamerica :: 16/11/2008 à 0:07 :: c_Peru_Selva


    Corto Maltes, c'est une agence de voyage basée à Puerto Maldonado, qui m'a écouté un peu plus que les autres et rapidement orienté vers un tour touristique dans la Selva gratuit, nourri, logé, et en échange je ferai traducteur de français. J'avais jamais pensé à travailler pour les touristes que je n'aime pas trop, mais après tout c'est l'occasion d'essayer. Surtout que la Selva on ne s'y aventure pas si l'on ne connaît pas, puis les petits villages ou communautés sont accessibles seulement en pirogue, ce qui rend difficile la découverte en solitaire.  Le lendemain j'irai à l'aéroport avec les guides pour accueillir les touristes... Oui euh, ils voyagent en avion pour faire 200 km, et vu le rang de certain il faut être à la réception des bagages, pour porter " les 70 kg de culottes de Mamie" (citation d'Henri très bien adaptée à la situation). Bref on arrive à 10h30 pour un atterrissage à 12h30, ça va on a le temps, alors on s'étend sur les banquettes du combi, pour papoter ; certains se plaignant d'une forte gueule de bois, d'autres racontant des conneries, bref une équipe de jeunes guides touristique, qui m'ont l'air bien cool.
 
    Nous embarquons en peque-peque (pirogue) pour nous rendre au lodge, je fais connaissance des touristes français, des patrons de 5 à 20 employés, clients d'un fournisseur de peinture. Sur le bâteau, premières questions : << - Il dure combien de temps le trajet ? - euh... Jhon ! Cuanto demora para llegar ?... >> A leurs yeux je travaille ici, mais c'est vrai que je connais rien de rien, c'est bizarre comme position. Nous accostons, et entrons dans un domaine de 60 hectares qu'un couple de français a acheté pour y construire ce lodge : une trentaine de bungalows, un restaurant, une piscine, et une vingtaine d'employés, guides, cuisinières, jardiniers, charpentiers, peintres... Toutes les constructions sont en bois, les toits en feuilles de palmiers, les aménagements extérieurs super soignés... c'est magnifique, c'est calme, reposant.
 
    Je partage ma chambre avec Johan, dans une construction tout en bois, dans le "village" du personnel... Et oui l'accès en pirogue de 1h15 aller retour, alors nombreux sont ceux qui restent à dormir, surtout qu'on est nourri logé sans retenue. Je fais donc parti de l'équipe comme volontaire, statut tenu par quelques européens qui sont déjà passés par là.
 
 
Le "village" des employés


Un conscience bridée par l'effet de masse et du tout organisé.

    
    Durant deux jours, je découvrirai la Selva au même rythme que les touristes, en tentant de traduire dans une langue que je n'avais pas pratiquée depuis 1 mois et demi. On verra je ne sais combien de plantes médicinales, d'oiseaux en tous genres, de singes, de caïmans, de loutres... On aura même le droit à un petit bain dans le lac Sandoval, au milieu de la réserve Tambopata, qui concentre 1200 variétés de papillons différents, Puerto Maldonado est considérée comme la capitale de la biodiversité ! Enfin un coucher de Soleil sur le fleuve Madre de Dios accompagnera le retour jusqu'au lodge. Je suis au beau milieu de la jungle, c'est beau mais ça en reste là je ne ressens pas d'émotion particulière, ni d'émerveillement...
 
    Lors d'un petit concert de culture indigène pour les touristes, deux guignols du groupe vêtus de feuilles et le corps peint danseront avec le groupe, faisant rire les français, je souris aussi. Malheureusement les conneries des deux branquignoles empêchent complètement d'admirer la présentation et de s'imprégner un minimum de la culture. On est pas dans une optique de découverte mais bien de divertissement, laissant sur le tapis la richesse locale. Alors au cours d'une musique instrumentale, je ferme les yeux et me concentre sur les rythmes de la percussion et de la flûte de pan. Je commence à voyager, à me remémorer la journée, à prendre peu à peu conscience de l'endroit où je viens d'atterrir, de la beauté exaltante de cette forêt, de la chance d'être au coeur d'un parc qui concentre une des plus grande biodiversité mondiale. Durant ces deux derniers jours je n'en avais pas pris conscience, happé par le groupe, emprisonné par lui, gêné par les discussions incessantes, les remarques à la con, les petites manières... toute une ambiance bien loin d'un comportement d'écoute, et stupidement animée par une consommation exigeante :
<< - Bah il est tout petit le caïman !
    - Bah on a pas vu grand chose en fait.
    - Passe moi la rame, on est les derniers, j'aime pas être le dernier !
    ( - Bah mais t'es trop con toi !)  nan malheureusement je ne peux dire ce que je pense
>>
   

 


Des gens que j'ai du mal à apprécier.
 
    Des touristes restent des touristes et j'en suis allergique ! C'est injuste comme vision, tout le monde ne peut voyager comme moi j'en suis conscient, mais je hais la grande majorité des touristes ! Un groupe d'enfoirés lors d'une soirée arrosée ira profiter des putes locales, profitant que leur femme et enfants ne soient présents, et qu'ici une partie de sexe ne coûte pas grand chose ! Une fois de plus, ils ont une approche consumériste du pays sans chercher à le comprendre ni à le vivre, mais seulement préoccupés à se payer du plaisir, dédaignant les locaux comme sales, incivilisés, ou sauvages, exigeant du pain dans un micro-restaurant isolé dans la forêt où seule une famille vit dans la tradition de leur ancêtres, regardant avec dégoût un plat qui est servi dans une feuille de bananier, lançant la remarque qu'ils ne peuvent utiliser leur sèche-cheveux (il fait 30-35° en moyenne) et j'en passe... honte d'être français parfois...
 
    En en discutant avec les guides, eux aussi le sentent, mais relativisent :
<< Ces abrutis se créent des problèmes eux-mêmes, ils ne profitent même pas de leur voyage, tant pis pour eux ! S'il y a la moitié du groupe qui est satisfaite, génial ! C'est pour eux que je travaille.
>>
    Ce qu'il faut préciser c'est qu'avec ces tours ToutOrganisé offerts par des entreprises, sont envoyés des gens qui n'avaient jamais été attirés ni préparés pour ce genre de voyage, c'est offert l'occasion se saisit. Certes mais je pense que pour un voyageur un minimum citoyen, une certaine ouverture d'esprit et une grande humilité est nécessaire, ce qui est loin d'être évident pour des gens plus ou moins habitués à être servis (sans vouloir faire d'amalgame hâtif sur la petite bourgeoisie). On me raconte : << On avait le choix entre la Turquie et le Pérou... Les arabes ou le bout du monde, le choix est vite fait ! >>... no comment. Découvrir le monde aussi facilement (en quelques heures par avion), comme le dit Jérem, on est peut-être la seule génération à avoir cette chance, malheureusement le tourisme de masse est en train de détruire de grandes richesses, les réduisant à des clichés parfois agressif, ici surtout dédaigneux...


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 Corto Maltes : http://www.cortomaltes-amazonia.com/

 

Juliaca, la transition

Par Pachamerica :: 12/11/2008 à 23:19 :: c_Peru_Selva
    Cette fois je suis parti en direction de Juliaca, laissant derrière moi Arequipa, Fabiola, David, Marco, Henri... Presqu'un mois, ca crée des liens, c'est pas facile de reprendre son chemin, surtout qu'après tout, je me sens bien ici et rien ne m'oblige à continuer d'avancer ; je le fais par égoisme. 
     J'arrive à Juliaca, une ville carrefour où 75% des transactions seraient informelles. Une ville de passage au milieu de l'altiplano, il y fait froid, c'est moche, c'est incroyablement désorganisé, je mets 2 heures pour trouver une auberge, 1 h pour un restaurant, le matin est une galère interminable pour rassembler du pain, des bananes et du miel ! Je ne me sens pas très bien, pas à ma place, complètement deconnecté de la vie locale, seul, perdu... Je zappe le web sans grand intérêt, je fais quelques bracelets, je mange des menus degueulasses et chers.
     Un jour, je croiserai un artisant ce qui me réveillera un peu, puis je me lance sur un coup de tête dans la conception d'un sac en tissu pour transporter mes petits bracelets. La grand mère qui me vend du fil et des aiguilles ne comprend pas tout de suite pourquoi je ne le fais pas coudre par quelqu'un qui a une machine, mais elle finit par abandonner son arumentaire pour me donner quelques conseils... Je passerai alors la première nuit à commencer mon sac, puis irai rendre visite de nouveau à la grand-mère pour des tuyaux... Sur le chemin je remarque qu'il y a des comedores (des gens s'installent dans une rue avec les casseroles et servent des repas), où les péruviens s'entassent avec des bonnets et des gros pulls autour d'une soupe brulante. Je pendrai place à leur table, on m'averti que le prix est de 2soles ! Ok, à moitié prix que les restos depuis 3 jours, ca va, je risque pas grand chose ! On me servira une assiette bien remplie de riz, pois et poulet... simple mais un vrai plaisir, et c'est pas du réchauffé comme dans de nombreux restos. Puis on me sert un supplément, je me gaverai d'une deuxième assiette, accompagnée d'un jus d'ananas servi dans son mini sac plastique avec sa paille astucieusement intégrée. Un plat chaud, dans cette forte fraicheur, collé à deux péruviens, c'est plutôt chaleureux. Même s'il y a très peu d'échange, une atmosphère distincte s'empare d'un bout de la rue. Ca fait un peu resto du coeur comme ca, mais c'est bien agréable !

     Le positif revient vite, je m'anime pour terminer le blog, et pars pour la Selva plutôt serein ! Un voyage de nuit sous une pleine lune, me laissera esquisser peu à peu le nouvel environnement dans lequel je m'engouffre... D'une humeur rêveuse, je me laisse porter jusqu'au lever du soleil sur une piste de terre au milieu de la jungle. Fini l'altitude, fini le relief, fini la fraicheur nocturne, fini l'unique eucalyptus... mon champ visuel se réduit à 97%, la végétation est dense, extrêmement variée et toute proche, la chaleur insoutenable, les gens souriants, lents et transpirants aussi... Puis les déplacements en pirogue, les filles en mini-falda, traducteur de francais lors d'un tour touristique, et enfin apprenti charpentier. C'est le début d'une nouvelle étape de mon voyage qui s'annonce prometteuse.









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